le duc d'Aumale

« C’est en 1886 que le duc d’Aumale, chassé de France par la loi d’exil, répondrait à la mesure qui le frappait en donnant à l’Institut, dont il était membre à un double titre, le domaine de Chantilly, son château, sa bibliothèque, les riches collections du Musée Condé, son parc et, avec sa forêt de 7000 hectares, ses fermes, ses maisons et son champ de courses, les moyens d’entretenir ce sanctuaire d’histoire et d’art ».
(P Brissaud  –  L’Institut de France)

Le 13 mai 1897, le décès du duc d’Aumale est porté à la connaissance des membres de la Commission administrative centrale de l’Institut, réunis en séance extraordinaire.
Le 31 décembre, le Président de la République, Félix Faure, signe le décret autorisant l’Institut de France à accepter les libéralités du Prince et, le 12 janvier 1898, l’Assemblée générale des cinq Académies se prononce à l’unanimité pour cette acceptation.

Bien que de nombreuses parcelles de terre ou de bois aient disparu, les limites actuelles du domaine ont peu varié depuis quatre-vingts ans. De Senlis à Gouvieux, de Saint-Maximin à Orry la Ville, de Pontarmé à Asnières-sur-Oise, il s’étend sur tout ou partie de seize communes.

Connaissant bien la charge que représentait l’entretien du château, du parc et des oeuvres d’art, le duc d’Aumale avait désigné, dans son testament, les parties de forêts et de terres que l’on pourrait aliéner environ un tiers de l’ensemble.
Cette possibilité fut assez largement utilisée pour faire face à certaines grosses dépenses d’investissement, pour combler le déficit de quelques années sombres, au moment de la crise de 1932 en particulier, ou pour pallier la mévente momentanée des bois. On y fut également conduit ou contraint lorsque les collectivités publiques s’installèrent sur ces parcelles quelquefois importantes du domaine (construction de logements ouvriers, d’établissements d’enseignement – Lycée de Chantilly), expropriations pour le passage de routes ou pour la création de cimetières.

Comment les Fondations de l’Institut de France sont-elles administrées ?

Lorsqu’un legs est consenti en faveur d’une Académie, c’est la Commission administrative de cette Académie qui le gère en toute souveraineté.
Si, par contre, le legs est consenti en faveur de l’Institut de France, sans autre précision, c’est à l’ensemble des cinq Académies qu’incombe cette gestion. Celle-ci s’exerce alors par le truchement d’une commission de 17 membres qui s’appelle la Commission administrative centrale de l’Institut de France et que forment les Secrétaires perpétuels des cinq Académies, le Chancelier de l’Institut et deux membres de chaque Académie.

Comme il existe plus de cent Fondations qui ont été ainsi constituées au sein de l’Institut et que certaines d’entre elles sont importantes (Siegfried Jacquemart André) voire très importantes (Chantilly), il est nécessaire que leurs problèmes soient étudiés avant d’être soumis aux décisions de la Commission administrative centrale.

Pour Chantilly, ces études préalables sont confiées, successivement, au Conseil des Conservateurs, puis à la Sous-commission de Chantilly qui peut prendre, par délégation, certaines décisions et soumet à la Commission administrative centrale toutes les questions importantes (recrutement de personnel « cadres », achat et vente d’immeubles, arbitrage de valeurs mobilières, vote des budgets annuels, etc. .. )
On peut affirmer qu’il suffit de se reporter aux quelques centaines de procès-verbaux qui ont été rédigés par cette Commission depuis 1897, date à laquelle l’Institut a pris possession du legs du duc d’Aumale, pour savoir ce que fut l’essentiel de la vie du Domaine durant les quatre vingt dernières années.
La lecture de ces procès-verbaux est passionnante; écrits dans une langue claire et précise, ils montrent comment ont vécu les personnels du Domaine, comment ont varié ses recettes et ses dépenses, quels furent ses rapports avec ses locataires et ses fermiers, ses démêlés avec certaines administrations, comment il a entretenu ses bâti­ments, ses collections, sa forêt…

Quelques aspects de la donation faite par le duc d’Aumale

 

– Le testament et ses codicilles

Le testament olographe est fait à Chantilly le 3 juin 1884. Entre 1887 et 1897, l’année de sa mort, le duc d’Aumale y ajoutera de nombreux codicilles. Le testament est déposé chez Me Fontana à Paris et ne pourra être publié avant 1997.(*cette conférence a été publiée en mars 1979 )

Une valeur inestimable qui façonne le destin de Chantilly

L’acte de donation établit la nomenclature du domaine qui s’étend sur 9057 ha. Il comprend le château et ses dépendances, des parcs, des jardins, des canaux, des étangs, des bois, des forêts, des prés et des marais, sur les communes de Chantilly, Lamorlaye, Le Lys, Royaumont, Luzarches, Viarmes, Asnières, Pontarmé, Vineuil, Saint-Firmin, Saint-Maximin, Apremont, Gouvieux, …
Les livres et objets d’art du Musée Condé sont estimés à l’époque à 15 millions de francs, les 28.000 livres de la bibliothèque représentent à eux seuls 5 millions.

domaine de Chantilly

– La raison essentielle de cette donation,

est de conserver à perpétuité à la France le domaine de Chantilly dans son intégrité et le mettre à la disposition du public avec les richesses d’art et les souvenirs historiques qu’il renferme.

– Pourquoi à l’Institut ?

logo Institut de France

Le Duc l’explique ainsi:

« Voulant conserver à la France le domaine de Chantilly dans son intégrité avec ses bois, ses pelouses, ses eaux, ses édifices et ce qu’ils contiennent: trophées, tableaux, livres, archives, objets d’art, tout cet ensemble qui forme un monument complet et varié de l’art dans toutes les branches de l’histoire de ma patrie à des époques de gloire, j’ai résolu d’en confier le dépôt à un corps illustre qui m’a fait l’honneur de m’appeler dans ses rangs à un double titre et qui, sans se soustraire aux transformations inévitables des sociétés, échappe à l’esprit de faction comme aux secousses trop brusques, conservant son indépendance au milieu des fluctuations politiques« .

– Des biens aliénables et des biens inaliénables

La donation s’accompagnait de servitudes et d’obligations à la charge de l’Institut. Une carte de biens aliénables était dressée afin de trouver des revenus supplémentaires pour aider l’Institut à s’acquitter de ses tâches.

« L’Institut doit conserver à perpétuité au domaine entier et aux collections qu’il renferme leur caractère et leur destination… Il doit prendre les dispositions nécessaires pour que les galeries et les collections qui porteront le nom de Musée Condé soient ouvertes aupublic et accessibles en tout temps aux étudiants, aux hommes de lettres et aux artistes pour leurs travaux. Les parcs et jardins doivent aussi être ouverts au public …« 

Château de Chantilly

– Conditions particulières

  • Le remboursement d’un prêt à long terme du Crédit Foncier de France :

L’Institut devait « acquitter annuellement jusqu’à complet amortissement les sommes dues au Crédit Foncier de France…  »
La charge provenant de ces annuités « s’éteindra en 1934 » soit 37 ans après la mort du duc d’Aumale.

  • Le duc d’Aumale avait prévu en particulier:

différents avantages pour les enfants habitant Chantilly mais les rentes qu’il y a affectées sont pratiquement réduites à néant. De même les services au département de l’Oise (rentes et allocations) sont maintenant tombés en désuétude.

  • Dispositions prises en faveur de son personnel

« Le donateur désire que l’Institut conserve dans les emplois qu’ils occupent les gardes et serviteurs qui seront, au jour de son décès, attachés au Domaine de Chantilly; ceux de ses employés qui, sans motifs légitimes et contrairement à leur volonté, ne seront pas maintenus en fonction devront recevoir une allocation viagère de retraite réversible proportionnellement, le cas échéant, sur leurs veuves et calculée sur les bases du règlement institué par le donateur au mois de février 1875… « 

Note: Nous reprenons ici presque intégralement, le texte de cette conférence publiée en mars 1979.
Les photos qui accompagnent cette présentation ne se trouvent pas dans l’édition papier, qui est complété par une série de 14 portraits-charges de George Edward, dit « Teddy » (1866-?).
Tous les personnages figurant sur cette galerie satirique étaient des familiers de Chantilly et tous ont appartenu à l’Académie française.