Nous tentons ici une reconstitution de la forêt de Chantilly, de 10 000 ans à la période gallo-romaine, en tenant compte des méthodes scientifiques actuelles.

A l’échelle millénaire, les facteurs écologiques varient et la forêt de Chantilly s’installe et se modifie dans ses essences. L’occupation humaine , il y a 5000 ans, par des éleveurs, puis par des agriculteurs a profondément modifié la forêt en la détruisant peu a peu.
On peut assurer qu’à l’époque gallo-romaine, la forêt de Chantilly et sa voisine, la forêt de la Haute Pommeraie, n’existaient plus, vouées à la pâture et à la culture.
Comme partout en Europe, à Chantilly il n’y a plus de forêt naturelle, ni de forêt primitive, mais seulement des reliques. Une forêt naturelle et primitive est une association de végétaux comprenant des arbres et un sous-bois dont l’équilibre est soumis aux seules conditions du milieu naturel: nature du sous-sol (1), nature du sol (2), climat (3), vie animale et les micro-organismes.

1.Le sous-sol, géologie de la région de Chantilly

carte oise

a.Les trois accidents géologiques

décrivant l’aspect du terrain et son influence sur le drainage du sol.
Entre l’anticlinal du Bray et l’anticlinal de l’aérodrome de Creil, une gouttière synclinale traverse l’Oise entre Saint-Leu d’Esserent et Thiverny, passe par Saint Maximin, Chantilly et la Table de Montgrésin. Ces dénivellations font apparaître la craie érodée (l’altitude de la craie est de +110 m à Précy, +48 m à Coye-la-Forêt et -80 m au viaduc de Chantilly) et dirigent l’écoulement des eaux (à Chantilly: sources du Parc Watermael-Boitsfort et sources près du Hameau dans le parc du château).

b. Les terrains géologiques :

En fonction d’épaisseur on distingue des calcaires (épaisseur 40-45m),des sables et de l’argile (ép.30 à 35m), des argiles et des lignites (ép. 25 à 30m), du sable de Bracheux (ép.10 à 20m).
Le calcaire qui forme le terrain de base de la forêt et de la pelouse de Chantilly, est démantelé sur 2m. à la partie supérieure et sa masse est très fissurée et très perméable.

c. Les formations de recouvrement :

– une couche mince de sables résiduels qui recouvre toute la forêt;
– des sables soufflés;
– des éboulis calcaro-sableux sur les pentes des vallées ;
– la tourbe des fonds de vallées, récente (10 000 ans au plus).
On remarque l’absence de limonsmélange de terre et de sable fin et vaseux que le vent et l'eau transportent et déposent comme sédiment éoliens.

d. Les matériaux utiles

extraits de la région: la craie, le lignite, les sables(de Cuise ou d’Auvers), le calcaire grossier.

2. Les sols forestiers

a. La rendzinesol fertile composé de carbonate de calcium, d'argile et d'humus: (zone du viaduc de Comelle)

Le bois est riche en noisetiers et chênes pubescents (chêne blanc), vestiges d’un climat plus chaud qui régnait ici il y a 8000 ans.

Sur les lisières, la pelouse abonde en: potentilla verna, hellébore fétide (pain du loup), festuca duriuscula (fétuque ovine).

La pelouse de Chantilly est une rendzine à plantes calcicoles: briza media (brize commune), asperula cynanchica (herbe à l’esquinancie), eryngium pratensis (panicaut),

et quelques orchidées,(Ophrys muscifera et Ophrys apifera), disparues de la pelouse depuis dix ans mais qui résistent encore sur le flanc ensoleillé de la Nonette.

b. Les podzols :

se sont établis sur les roches siliceuses nécessitant environ 5 à 7 siècles pour s’organiser. C’est le domaine des plantes calcifuges: le genêt, la bruyère, et les grandes graminées: Calamagrostis et Deschampia (canche).

3. Climat ancien et forêt

Une étude menée par des équipes pluridisciplinaires utilisant différentes méthodes d’analyse, a obtenu ces résultats:

10 000 à 9 000 av. J.-C. : le pré boréal

Le niveau des mers remonte et le climat est de type sud Scandinavie actuel. Une forêt de pins et de bouleaux s’installe très lentement.

de 9 000 à 7 500 av. J.-C. : le boréal

Le niveau marin continue de remonter et les eaux sont fraîches. L’événement majeur (vers 8 000 av. J.-C.) est l’ouverture du détroit du Pas-de-Calais. Les étés sont chauds et secs et les hivers rigoureux. La forêt de pins sylvestres s’étend et le bouleau régresse. Vers la fin de cette période apparaissent le chêne et l’orme. La période sèche vers 7 500 av. J.-C. permet la remontée d’une végétation méditerranéenne dont le chêne pubescent qui végète encore sur le rebords nord de l’étang de Comelle.

de 7 500 à 4 500 av. J.-C. : l’Atlantique

Le niveau de la mer atteint -6 à -4 m. Le climat est chaud et humide avec une température moyenne supérieure à l’actuelle. Une forêt dense est en place où dominent le chêne, le tilleul et l’orme. Cependant vers 5 000 av. J.-C. apparaissent, remontant les cour d’eau, des groupes humains se consacrant à l’élevage puis à l’agriculture. Ces hommes vont détruire la forêt pour aménager, près de l’eau, des paturages.

de 4 500 à 2 700 av. J.-C. :le subboréal

Le niveau marin a tendance à baisser. Une période plus froide et plus sèche s’installe. La chênaie régresse ainsi que l’orme et le tilleul. Le hêtre est signalé pour la première fois en Normandie. Pins et aulnes se maintiennent.

de 2 700 av.J.-C. au temps actuels:le subatlantique

Le niveau de la mer oscille autour du niveau 0. Le climat est plus humide, marqué par des hivers parfois rigoureux. La forêt est une chênaie-charmaie défrichée. Les clairières (de ialo-euil) laissent leur noms à des localités: Vineuil, Courteuil, Verneuil.

Les armées de César à la conquête de Gaule, tracent des chemins stratégiques. Le pâturage et la présence de l’homme propagent volontairement ou non, les chénopodes, l’amarante, le sureau, l’orge, le chanvre, le lin.

Que reste-t-il de la forêt au premier siècle?
Quelques bouquets d’arbres au plus, la surface étant vouée au pâturage et à la culture et aussi à l’habitat des éleveurs-cultivateurs.
La Société Archéologique de Creil a localisé dans la forêt actuelle qui n’est ni naturelle ni primitive, des dizaines d’habitats gallo-romains, en plus de 4 dolmens.