La forêt de Chantilly serait de constitution récente

Avant même de réfléchir aux circonstances générales ou locales pouvant nous éclairer sur l’état de la végétation à différentes dates, il est essentiel de souligner l’absence d’un nom spécifique pour désigner notre forêt avant la guerre de Cent ans. Le texte le plus ancien qui mentionne le toponyme de Chantilly (Canteilliciacus) à propos d’un petit bois situé non loin du château, a été daté “vers 1140”. mais tous les autres bois eurent d’autres noms au XIIe siècle, à commencer par le bois affecté au château qui se disait Luttun en 1171, avant de devenir Luton.

Les principaux axes de circulation à l’époque gallo-romaine

On a quelques notions sur un réseau primitif, impossible à dater même approximativement, mais en tout cas antérieur à l’occupation romaine.
L’un de ces chemins dit des Meuniers, coupait la forêt de sud au nord et sa direction générale inspirait l’idée d’une liaison entre Lutèce et Amiens par Verneuil et la valée de la Brèche.
On connaît aussi la voie dite Chaussée Brunehaut et qui fut lancée par les Romains. Des nos jours, cette chaussée reste connue par le chemin de terre dépierré au début du XIXe siècle qui garde son nom, à peu près entre les abords de Senlis et le grand carrefour de la Table.

La physionomie de la forêt en l’an mil

Un peu avant l’an mil, on a une image très convenable de l’étendue de la zone boisée, du côté de Senlis et de Creil, par l’institution d’une servitude: le droit du quint (droit de gruerie) qui représentait 1/5 de la production de bois.
On sait de cette manière que tout le secteur de notre forêt compris entre Chantilly, Montgrésin et Coye, était effectivement boisé, sauf les abords immédiats de la Thève, d’ailleurs propices à la vigne, et que, par contre, la plaine bordant Avilly et Saint-Léonard était pratiquement vide de bois dignes de ce nom.

Le fief de Chantilly

La superficie totale du fief affecté au service du château était de 350 hectares, mais il est difficile d’apprécier son état. En remarquant que le fief s’intégrait au milieu des surfaces soumises au droit du quint, on peut le considérer comme boisé à cette époque. Mais les boisements devaient y être irréguliers et incomplets.
En tout cas, la garnison s’employa à défricher intégralement les abords de son château jusqu’à Avilly, notamment pour des raisons de sécurité. On peut l’affirmer puisque, pendant la guerre de Cent Ans, tout ce canton, qui correspond grosso modo au parc du château, s’appelait la Genevroie, et on connaît bien la propriété du genévrier de coloniser les terres abandonnées.

La seigneurie de Bucamp

Le maître du lieu, Adam de l’Isle, voulut disposer d’une maison qui, en ces temps si fréquemment troublés, serait placée sous la protection immédiate du nouveau château de Chantilly. Devenue “la maison de Bucamp”, ses vestiges subsistent dans le parc du château.
Dans le territoire correspondant à notre forêt de Chantilly, Adam distingua deux domaines: l’un basé sur les Fontaines, l’autre basé sur Quinquempoix. Le domaine de Quinquempoix, à vocation pastorale (Quinquempoix signifie “les cinq abreuvoirs”), couvrait une surface de 600 hectares. L’examen des bois du domaine de Quinquempoix montre les marques éloquentes d’un aménagement les ayant rendus aptes à recueillir un gros effectif de bétail.
Ce domaine était entouré par une haie pour éviter toute chicane avec ses voisins: Yves de Creil et Isembard de Broyes. A l’endroit le plus sensible, celui entrant en contact avec les vignes de Coye, Adam fit aménager un plessis d’une vingtaine de hectares et il fit ouvrir un chemin central dans son domaine pour relier son plessis à la ferme de Quinquempoix.
Enfin, il semble bien que, dès cet instant les bois ouverts au pâturage furent convertis en “tronçais”, c’est -à-dire en peuplement d’arbres étêtés ou tronqués, fournisseurs d’émonde pour le bétail et moins gênants pour la croissance de la végétation comestible.
Au XIIe siècle le peuplement forestier fut orienté vers l’élimination volontaire des essences non-consommés par le bétail , faisant trop d’ombre ou se prêtant mal à l’émonde (tilleuls, hêtres). Par contre les chênes, le charme et le frêne furent assurément les essences dominantes de ce tronçay .